Un jour, une citation: Goliarda Sapienza

🇫🇷 Il n’y a rien à faire, comme disait ma mère, tous les dix ans il faut relire les livres qui nous ont formés si l’on veut mener à bien quelque chose. Goliarda Sapienza « L’art de la joie »

🇮🇹 Non c’è niente da fare, come diceva mia madre, ogni dieci anni bisogna rileggere i libri che ci hanno formato se si vuol venire a capo di qualcosa. Goliarda Sapienza « L’arte della gioia »

(Photo: Bouquinerie, Paris)

Un jour, une citation: John Williams

🇫🇷 Il se promenait dans les rayonnages de la grande bibliothèque de l’université parmi des milliers de livres et inhalait cette odeur de renfermé, de cuir, de toile et de papier jaunissant comme le plus exotique des encens. Parfois il s’arrêtait, sortait un ouvrage des rayons et le tenait un moment dans ses grandes  mains tout émues de manipuler un objet si peu familier. La reliure, le dos, les planches si dociles… Puis il le feuilletait et attrapait un paragraphe ici ou là… Ses doigts malhabiles tournaient les pages avec le plus grand soin, terrifiés qu’ils étaient à l’idée d’abîmer ou de déchirer ce qu’ils avaient eu tant de mal à découvrir. John Williams « Stoner »

🇮🇹 Vagava per i corridoi della biblioteca dell’università, in mezzo a migliaia di libri, inalando l’odore stantio del cuoio e della tela delle vecchie pagine, come se fosse un incenso esotico. Certe volte si fermava, prendeva un volume da uno scaffale e lo teneva per un istante tra le sue manone, che vibravano al contatto ancora insolito con il dorso e il bordo e le pagine docili. Poi cominciava a sfogliarlo, leggendo qualche paragrafo qua e là, e le sue dita rigide giravano le pagine con infinita attenzione, quasi timorose di distruggere, con la loro rozzezza, ciò che avevano scoperto con tanta fatica. John Williams « Stoner »

(Photo: Libreria Achille, Piazza Vecchia, 4, 34121 Trieste, Italie)

Un jour, une citation: Dorian de Meeûs

Assis dans notre fauteuil, même seul, les livres nous ouvrent au monde, à l’autre, à l’inconnu. Dans un monde effréné qui distrait notre attention, où le silence paraît parfois angoissant, un moment de lecture peut offrir un feu d’artifice d’émotions. Rien ne vaut une subtile et juste métaphore, une phrase merveilleusement équilibrée, un personnage qui nous ressemble, un autre qu’on aime détester, un amour impossible ou une histoire envoûtante. Bref, rien ne vaut les joies des mots qui nous emportent. Dorian de Meeûs , édito « Le temps d’un flirt » du supplément  » De literatuur du Nord au Sud » – La Libre Belgique du 11 février 2019.

(Photo: Galerie Bortier, 1000 Bruxelles)

Un jour, une citation: Simone de Beauvoir

Désormais, chaque fois que je me trouvais seule à la maison, je puisais librement dans la bibliothèque. Je passais des heures merveilleuses au creux du fauteuil de cuir à dévorer la collection de romans à 90 centimes qui avait enchanté la jeunesse de papa: Bourget, Alphonse Daudet, Marcel Prévost, Maupassant, les Goncourts. Simone de Beauvoir « Mémoires d’une jeune fille rangée »

(Photo: Antico Caffè San Marco, Via Cesare Battisti, 18, 34125 Trieste, Italie)

♡ Le Caffè San Marco est un café historique de Trieste. Fondé en 1914, il devint le rendez-vous incontournable pour les intellectuels et les écrivains: Italo Svevo, James Joyce et Umberto Saba. Une tradition qui se poursuit aujourd’hui avec Claudio Magris. Depuis quelques années, une librairie a ouvert ses portes à l’intérieur du café ♡

Un jour, une citation: Amélie Nothomb

🇫🇷 Les livres que l’on se sent appelé à lire sans savoir pourquoi étant souvent l’expression du destin. Amélie Nothomb « Riquet à la houppe » (Albin Michel)

🇮🇹 I libri che ci sentiamo chiamati a leggere senza sapere perché, spesso sono un segno del destino. Amélie Nothomb « Riccardin dal ciuffo » – traduction de Isabella Mattazzi (Voland)

(Photo: Pêle-mêle, Chaussée de Waterloo, 1050 Bruxelles)

Un jour, une citation: Cesare Pavese

🇫🇷 Quand nous lisons, nous ne cherchons pas des idées neuves, mais des pensées déjà pensées par nous, à qui la page imprimée donne le sceau d’une confirmation. Les paroles des autres qui nous frappent sont celles qui résonnent dans une zone déjà nôtre – que nous vivons déjà – et la faisant vibrer nous permettent de saisir de nouveaux points de départ au-dedans de nous. Cesare Pavese « Le métier de vivre »

🇮🇹 Leggendo non cerchiamo idee nuove, ma pensieri già da noi pensati, che acquistano sulla pagina un suggello di conferma. Ci colpiscono degli altri le parole che risuonano in una zona già nostra- che già viviamo- e facendola vibrare ci permettono di cogliere nuovi spunti dentro di noi. Cesare Pavese “Il mestiere di vivere »

(Photo: Boekarest, Monseigneur Ladeuzeplein, 12, 3000 Louvain)

Un jour, une citation: Dacia Maraini

🇫🇷 Sortir d’un livre, c’est comme sortir du meilleur de soi-même. Passer des envolées légères et vibrantes de l’esprit aux lourdeurs d’un corps mendiant, toujours en quête de quelque chose, est de toute façon une défaite. Laisser des êtres connus et appréciés pour retrouver un soi-même que l’on n’aime pas, esclave d’une comptabilité ridicule de journées qui s’ajoutent aux journées, comme indistinctes. Dacia Maraini « La vie silencieuse de Marianna Ucria »

🇮🇹 Uscire da un libro è come uscire dal meglio di sé. Passare dagli archi soffici e ariosi della mente alle goffaggini di un corpo accattone sempre in cerca di qualcosa è comunque una resa. Lasciare persone note e care per ritrovare una se stessa che non ama, chiusa in una contabilità ridicola di giornate che si sommano a giornate come fossero indistinguibili. Dacia Maraini « La lunga vita di Marianna Ucrìa »

(Photo: Galerie Bortier, 1000 Bruxelles)