Un jour, une citation: Christian Bobin

Le visage du lecteur est plus nu que l’air et son corps est souple, délivré de l’étroitesse d’agir. Allongé, bras et jambes négligemment appuyés sur plusieurs continents, il compte les étoiles dans le blanc orageux de la page. Plus il s’approche de son rêve, plus le silence gagne sur lui. Cérémonie du simple, exercice de la patience. Lire est un chemin, parmi tant d’autres. Croître en clarté, voilà le but. Christian Bobin « L’enchantemant simple et autres textes »

(Photo: San Francisco Book Co, rue Monsieur le Prince, 17, 75006 Paris)

Un jour, une citation: Annie Ernaux

Mais à quoi bon écrire si ce n’est pour désenfuir des choses même une seule irréductible a des explications de toutes sortes, psychologiques, sociologiques, une chose qui ne soit pas le résultat d’une idée préconçue ni d’une démonstration, mais du récit, une chose sortant des replis étalés du récit et qui puisse aider à comprendre – à supporter- ce qui arrive et ce qu’on fait. Annie Ernaux « Mémoire de fille » Gallimard

(Photo: Librairie de Cluny, place Paul Painlevé 1, 75005 Paris)

Un jour, une citation: Graham Greene

Je n’ai jamais pu décrire même mes personnages de roman qu’en les faisant agir. J’ai toujours eu l’impression que dans un roman le lecteur devait avoir le droit d’imaginer l’aspect d’un personnage à la manière qui lui convient: je n’ai pas le désir de lui fournir des illustrations toutes faites. Graham Greene « La fin d’une liaison »

(Photo: Librairie Nijinski, Chaussée d’Ixelles, 1050 Bruxelles)

Un jour, une citation: Yves Simon

Le livre et les mains, le livre et les yeux. On feuillette, on lit, le livre passe de mains en mains. Pas de Technicolor, malgré le progrès technique, le roman demeure en noir et blanc, les couleurs du deuil. Portant que de vie et d’exubérance dans ces pages lues, la lumière des villes toscanes, la neige de New-York, comme celle de Kyoto, les cités et la lande, les poneys irlandais, Le « Ville de Montereau, prêt à partir, qui fume à gros bouillons devant le quai Saint-Bernard »(début de « L’Education sentimentale  » ) , quartiers gris de la Mitteleuropa chez Musil et leurs autos filant « dans la clarté d’avenues sans profondeur « , un brouillard urbain qui s’illumine autour de cafés tristes et de leurs tables en Formica, une buée qui s’échappe d’un baiser donné auprès d’une ambassade où flotte un drapeau rouge et or…

Dans le métro, les trains de banlieue, les trains à grande vitesse, des livres sont ouverts entre des mains rugueuses ou manucurées, qu’il neige ou s’unir vente, les yeux s’écrivent à ce qui n’est pas un paysage défilant au travers d’une vitre, mais le spectacle du monde, l’anatomie des sentiments, les écorchés de la vie, la passion, la faute. Qui n’a pas de regrets?

Je voudrais les avoir conservé s tout auprès de moi comme des anges tutélaires, mes protecteurs, des visiteurs attentifs qui m’ont tout enseigné de mondes qui n’étaient pas le mien. Yves Simon « Épreuve d’artiste (dictionnaire intime » Calmann-Lévy, p.200-201

(Photo: Galerie Bortier, Bruxelles)