Un jour, une citation: Stendhal

🇫🇷 Eh, monsieur, un roman est un miroir qui se promène sur une grande route. Tantôt il reflète à vos yeux l’azur des cieux, tantôt la fange des bourbiers de la route. Et l’homme qui porte le miroir dans sa hotte sera par vous accusé d’être immoral! Son miroir montre la fange, et vous accusez le miroir! Accusez bien plutôt le grand chemin où est le bourbier, et plus encore l’inspecteur des routes qui laisse l’eau croupir et le bourbier se former. Stendhal « Le rouge et le noir » chap. XIX

🇮🇹 Un romanzo è uno specchio che passa per una via maestra e ora riflette al vostro occhio l’azzurro dei cieli ora il fango dei pantani. E l’uomo che porta lo specchio nella sua gerla sarà da voi accusato di essere immorale! Lo specchio mostra il fango e voi accusate lo specchio! Accusate piuttosto la strada in cui è il pantano, e più ancora l’ispettore stradale che lascia ristagnar l’acqua e il formarsi di pozze. Stendhal « Il rosso e il nero »

(Photo: Galerie Bortier, Bruxelles)

Un jour, une citation: Jacqueline Harpmann

Les héros des romans ne meurent jamais, ils existent dans un univers défini par les mots du livre. Certains prétendent qu’ils sont enfermés dans un temps qui, trois jours ou trente ans, tourne en boucle et se répète de la première à la dernière page, mais que savent les humains ordinaires de leur propre réalité et comment discuteraient-ils de la mienne? Moi, Julie d’Orsel, j’habite mon histoire, qui poursuit son cours. Jacqueline Harpmann « Ce que Dominique n’a pas su » (Incipit), Éditions Grasset, 2007

(Photo: Bouquinerie, Namur)

Un jour, une citation: Régis Jauffret

À chaque fois qu’un nouveau lecteur s’empare d’un roman, il le récrit, il en fait un remake, il le met en scène tel qu’il ne l’a encore jamais été. « Le Père Goriot » a des centaines de millions de têtes différentes, « Madame Bovary » autant de voix, et si vous lisez demain la « Recherche du Temps perdu » vous entendrez une « Sonate de Vinteuil » dont vous inventerez chaque note. Vous l’entendrez tout aussi distinctement que ce « Swann » qui sous votre crâne l’entendra aussi pour la première fois. Car le « Swann » que vous aurez forgé n’aura jamais existé avant que vous ne le fassiez apparaître. Imaginez la foule des « Swann » recréés  par les lecteurs de la « Recherche » depuis que Proust l’a tiré du néant. Une foule immense comme la population d’une mégalopole… Régis Jauffret « La Chronique – Marianne Magazine » 23 Mars 2018

(Photo: Bouquinerie, Saint-Gilles)