Un jour, une citation: Graham Greene

Je n’ai jamais pu décrire même mes personnages de roman qu’en les faisant agir. J’ai toujours eu l’impression que dans un roman le lecteur devait avoir le droit d’imaginer l’aspect d’un personnage à la manière qui lui convient: je n’ai pas le désir de lui fournir des illustrations toutes faites. Graham Greene « La fin d’une liaison »

(Photo: Librairie Nijinski, Chaussée d’Ixelles, 1050 Bruxelles)

FLORENCE HERRLEMANN « L’APPARTEMENT DU DESSOUS »

Quatrième de couverture

Dans le petit immeuble parisien du Marais où elle vit depuis des lustres, Hectorine voit d’un jour à l’autre l’appartement du dessous investi par une nouvelle voisine, Sarah. Pour lui souhaiter la bienvenue, la vieille dame dépose une lettre sur le pas de sa porte. Cette missive sera suivie de beaucoup d’autres, retraçant une traversée du XXe siècle incroyable, entre le Cabourg de La Recherche, le Berlin du IIIe Reich et le Paris d’après-guerre.

Mais pourquoi toutes ces lettres? « Un jour, vous saurez », promet la centenaire à Sarah qui se prend au jeu, intriguée par cette voisine invisible dont les confidences laissent percer l’aiguillon d’un douloureux secret…

Dans ce roman totalement insolite qui redonne vie et fraîcheur au genre épistolaire, Florence Herrlemann insuffle un véritable hymne à la vie, à la parole qui délivre et à la transmission entre générations. Ce voyage fascinant au cœur de l’Histoire nous rappelle aussi que l’amitié est le plus tendre des pactes.

Mon avis

Sarah s’installe dans un appartement du Marais ayant appartenu à son arrière grand-mère. Elle travaille dans le monde de l’édition. Sa voisine, Hectorine, une très vieille dame, lui dépose une lettre devant sa porte. Débute ainsi une « répondance ». Si au premier abord, Sarah est désappointée par cette intrusion dans sa vie, elle prend cependant, peu à peu goût à cette correspondance énigmatique. Au fil des lettres, la vieille dame dévoile pas à pas son histoire. Quel est son secret?

Un roman épistolaire, comme je les aime, intelligent et intrigant. Tout au long de ces lettres, on se pose des questions. Pourquoi ces lettres? Quel lien existe-t-il entre ces deux femmes? Où tout cela mènera-t-il?

Un roman qui se déguste comme une petite madeleine aux saveurs d’antan!

Extraits

▪️La littérature a toujours fait partie de ma vie. Elle m’a permis de croire encore en l’humanité, lorsque ce mot n’était devenu pour moi qu’une idée dénuée de sens, une coque vide. Elle m’a indiqué le chemin, m’a aidée à distinguer ce qui a du prix de ce qui n’en a pas. Elle m’a donné la force de continuer à garder la tête haute, à sourire, à ressentir, à rêver. Elle m’a appris à supporter la douleur, le froid, à contenir ma colère, à adoucir mes peines, à grandir, a aimer et aimer encore. Elle m’a sauvé la vie.

▪️J’ai découvert combien nos émotions nous rappellent que nous sommes vivant.

▪️Bien sûr, la raison pour laquelle on aime un livre reste subjective. C’est une histoire de sensibilité, on est touchées pas.

▪️Je préfère être celle que vous imaginez à travers mes écrits. Je suis intimement persuadée que l’image que vous vous faites de ma personne est infiniment plus séduisante que ce que je suis devenue.

▪️« Où en êtes-vous de vos lectures des grands classiques? Quels sont vos livres de chevet? Ce sont des questions auxquelles ne peuvent couper ceux qui m’intéressent. Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es. Je suis persuadée de cela.

▪️L’amour, on y pense vraiment que quand il est absent. Quand il manque. C’est comme l’air qu’on respire. Il suffit que nous soyons à bout de souffle , haletants, pour le chercher à tout prix, pour désirer remplir nos poumons d’une longue goulée d’air. De même pour l’amour, c’est quand il manque qu’on se met à le chercher partout. Encore faut-il ouvrir grands les yeux. On le trouve dans la main bienfaitrice qui se tend pour nous remettre debout . Dans la bouche d’un inconnu dont les mots réconfortants explosent en un feu d’artifice.

▪️L’amour a aussi cette formidable faculté de nous rendre merveilleusement, extraordinairement ridicule.

Note: 5/5 💙💙

Albin Michel, 2019, 254 p.

Un jour, une citation: Régis Jauffret

Un roman, c’est comme une partition, un scénario. Toute l’histoire est dans votre main, vous pouvez la soupeser, la jeter par la fenêtre pour voir si elle s’envole comme un drone. Vous pouvez aussi vous asseoir pour la déchiffrer. Chaque phrase est scellée afin qu’elle ne s’évente ni ne se fane. À chaque lecture, le regard la décachette afin que ses fragrances se répandent dans le cerveau. C’est le cerveau qui fait apparaître le décor, les personnages, qui leur donne le son de leur voix et même celui de l’aboiement de ce chien dont l’hermétique auteur raconte qu’on aurait dit dans la nuit le cri d’une étoile. Régis Jauffret « La Chronique – Marianne Magazine » 23 Mars 2018

(Photo: Librairie de Cluny, Place Paul Painlevé, 1, 75005 Paris)

Un jour, une citation: Cathy Bonidan

À tous les romans qu’on a lus. À tous ceux qu’on lira encore. Parce qu’à la manière de marchands de sable, ils sèment dans notre quotidien quelques mots ou quelques phrases qui vont faire leur route dans notre subconscient. Et nous changer. En toute discrétion, mais de façon irrémédiable. Cathy Bonidan « Chambre 128 » Éditions de la Martinière

(Photo:Librairie Nijinski, Chaussée d’Ixelles, 315, 1050 Bruxelles)