Abigail Seran « Un autre jour, demain »

Quatrième de couverture

Déborah attend un avion qui ne vient pas une veille de Noël, espérant en secret éviter la fête. Une bande d’anciens étudiants se retrouvent pour un week-end ; sont-ils devenus ce qu’ils aspiraient à être ? Un vieux monsieur partage contre son gré un banc avec une jeune fille. Une patiente s’installe à nouveau dans une salle d’attente longuement côtoyée. La jeune Luna est trop chamboulée pour acheter un bouquet de fleurs. Il n’a pas osé leur dire qu’il ne reprendrait pas l’entreprise familiale. Le plan social était une belle opportunité. Serait-il là où il est sans cette main tendue? Et claquent les ciseaux dans la longue chevelure!

Un autre jour, demain raconte ces points de bascule subtils ou brutaux qui construisent, transforment une existence. Autant d’histoires familiales, voyageuses, laborieuses, de brèves rencontres en récits de générations. Une galerie de personnages qui luttent, renoncent, s’animent, s’aiment, se fuient, s’éteignent, croquent la vie qui passe, celle d’aujour­d’hui, celle juste avant demain.

Mon avis

Un rencontre « arc-en-ciel » sur un quai de gare, un banc, un aveu lors d’une randonnée, une femme libre, les mots que l’on tait, l’attente d’un avion et deux regards qui se croisent, et l’amour des mots, de la danse, des chaussures, un bouquet de fleurs, des visages aux regards éperdus et les souvenirs, se construire une histoire! Moments de vie où tout peut changer! L’instant, avant demain!

De jolies nouvelles, une jolie atmosphère! Du sourire au lèvre à la larme au coin de l’œil, une bouffée d’émotions envahit cette lecture! Un très joli moment! Coup de coeur!

Extraits

▪️Jusqu’à se brûler la peau. Laisser l’eau. Sur la nuque, bouillante. La vapeur qui efface le reflet pour se sentir moins moche dans le miroir. Le shampoing dans les yeux. Oublier. Les autres, le monde, les contraintes, soi. Vouloir disparaître dans le siphon aux eaux sales. Peau de Sioux sous le jet agressif. Monter la température parce que le derme s’est habitué. Refuser d’arrêter. Saisir le pommeau. Passer à l’eau glacée. Ces petites entailles sur les jambes, le ventre, la poitrine, qui coupent le souffle. Et dans un geste de rage, arrêter la torture.S’emmitoufler dans une serviette. Une silhouette trop dodue qu’on ira couvrir bien vite. Éviter le miroir tant que la transformation n’est pas achevée. Un matin comme un autre, entre abandon et espoir. (Incipit)

▪️La journée trépassera comme les autres.

▪️Si je sortais maintenant. Je prendrais des pas, des bus, des avions. Je retrouverais ma vie qui est ici, peut-être là. …

▪️La première fois qu’ils furent plus que des signes sur une page, ce fut une révélation. Allongée sur le ventre, à regarder « Boule et Bill » jouer à la balle, la bulle, soudain, livra ses secrets. J’avais l’image, est venu le son. Je me souviens très bien de ma surprise de pouvoir, d’un coup, accéder à la compréhension, aux mots. Une sorte de sidération fascinée: je savais lire.

▪️[les mots] ils furent aussi ceux qui disent, qui blessent, qui aiment, construisent ou détruisent, soulagent. Ces « mots-maux » et « gemmes-mots » De ceux que l’on apprivoise…

▪️Quand enfin je m’autorisai à raconter des histoires, je retrouvai cette envie gourmande de jouer avec ces compagnons facétieux. Ils s’alignèrent en paragraphes, en chapitres, en livres. Ils construisaient un monde, des personnages, des chagrins et des rires. Ils emmenaient le lecteur sur le chemin de mon imaginaire, mots libres, heureux et vagabonds, mots riches de couleurs redécouvertes. Quand ils trouvèrent des passeurs, éditeurs, bibliothécaires et libraires, quand ils s’installèrent sous les yeux d’inconnus, qu’au-delà de leur forme primaire en noir sur blanc, ils prirent corps dans la tête et le cœur de liseurs bienveillants, ce fut un ravissement. Les mots créaient un univers, une réalité pour ceux qu’ils avaient croisés.

▪️Qu’ils volent ou glissent, qu’ils s’incrustent ou passent, endimanchés ou sommes, les mots, mes mots, deviennent alors les vôtres.

▪️Quand nous nous embrassons, nos coeur se touchent.

▪️Derrière les vitres, des visages aux regards éperdus. Partent-Ils, reviennent-ils? Avec eux, je roule dans mes souvenirs.

Note: 5/5 💙💙

Éditions Luce Wilquin, 2018, 110p.

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